Guide pratique pour monter son projet d'éducation à l'environnement

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Tout est prêt, fignolé, conçu, repéré... ce projet sur lequel on a travaillé, on va pouvoir le tester en vraie grandeur, face à un public, dans l'action. C'est là que tout va se jouer, il faut mettre toutes les chances de son côté. Bien préparer facilite les choses, mais il reste encore l'imprévisible. Vaste sujet sur lequel il n'est possible de faire que des suppositions, sans trop s'y attarder sous peine de parler dans le vide !

Cette très courte partie abordera donc quelques généralités sur les attitudes à adopter durant le déroulement du projet, et sur quelques cas de figure souvent rencontrés.

 

Si le projet est bien construit, le cadre général de déroulement de l'animation peut-être assez précis. Il reste toutefois un grand nombre de "paramètres" non maîtrisables qui vont venir interférer avec le beau modèle que vous venez de concevoir, peut-être lui faire prendre des directions auxquelles vous n'aurez peut-être pas pensé. Ceci dit, la première qualité d'un projet bien préparé, c'est peut-être d'être adaptable, souple, évolutif... Par ailleurs, si un projet a des objectifs précis, envisagés à priori, il aura aussi forcément des effets dont on ne prendra conscience qu'en cours de route, qui pourront poser problème ou au contraire enrichir, donner lieu à des innovations...

Un groupe à gérer

Sur le vif, il faudra par exemple composer avec entre autre :

Les caractères individuels de votre public. De l'enthousiaste permanent au négatif en passant par celui qui sait tout ou le timide maladif, la diversité est infinie. Au pied levé, il faudra valoriser les discrets, tempérer les fortes têtes, accepter la discussion avec les pointilleux... tout cela nécessite une remise en question permanente, qui place souvent l'éducateur dans une position légèrement déstabilisante.
La dynamique de groupe. Difficile de savoir à l'avance si la "sauce" va prendre, si le groupe va se souder et si une dynamique collective sera engendrée... mais il existe des méthodes pour mettre plus de chances de son côté ! Par ailleurs, les réactions collectives sont parfois dures à vivre pour certains individus. Il faudra aussi savoir rester garant du bien-être de chacun face à des situations parfois difficiles à vivre. Là encore la vigilance est de mise.
L'intérêt et la motivation individuelle et collective. Un thème, une séquence... peut déclencher un intérêt imprévu, ou au contraire un désintérêt total, obligeant l'éducateur à "rester" sur une thématique ou une séquence plus longtemps que prévu, ou au contraire à passer directement à la suivante, voire à réorganiser le projet "au pied levé" !

En réponse à ces questionnements, quelques conseils :

Essayez de penser en permanence au confort (physique, mental, affectif) de votre public. Plus encore que d'autres, les situations conçues pour être déstabilisantes (une nuit à la belle étoile...) devront être bien pensées, chacun doit garder un pied dans la confiance, dans la sécurité... sous peine de voir l'objectif de la séquence ou de l'animation complètement raté !

  

Quelques éléments de confort pour public respecté

L'éducation à l'environnement se fait beaucoup sur le terrain, tout le monde n'y est pas habitué, il faut parfois "y aller" doucement. Renoncer en cas de conditions trop fortes - sans pour autant toujours reculer devant la pluie ou le froid, prévoir des itinéraires au niveau technique des participants (éventuellement des variantes pour pouvoir choisir la plus adaptée sur le moment), des randos à la bonne longueur, des moments de pause, de restauration et de réconfort réguliers... l'éducation à l'environnement sans plaisir, ça n'existe pas !

Les pédagogies très participatives souvent employées en éducation à l'environnement (type "pédagogie de projet") peuvent être déstabilisantes pour qui a toujours été pris en main. Certains devront être plus accompagnés que d'autres, du moins au début.

Le respect des rythmes de chacun est important, d'autant plus en cas d'animation longue (plusieurs jours) et avec les jeunes publics. Il est alors important d'offrir à chacun des possibilités de souffler, ou de se retrouver en intimité.

Aspects matériels banals mais importants : soigner le moment de l'accueil du groupe, les repas, l'hébergement... Il y a suffisamment de moments où l'on est sur le terrain, il faut que les conditions de vie hors temps d'animation soient les meilleures possibles.

Liste à compléter par vous-même

La "pédagogie de la réussite" est une bonne méthode pour permettre aux individus et aux groupes de positiver. Si votre animation ne marche pas comme vous le pensiez, n'hésitez pas à en baisser le niveau d'exigence au pied levé, à en réajuster les objectifs à ce qu'est capable de faire le public. Résultats garantis.
Documentez-vous. Lisez des ouvrages sur la dynamique de groupe, les pédagogies, la différenciation pédagogique... vous y gagnerez pour votre réflexion personnelle, et y trouverez des conseils pratiques pour progresser.
Enfin, il est important de se rappeler que toute action éducative nécessite d'être bien soi-même. Pratiquer l'éducation à l'environnement peut aider l'éducateur à identifier ses éventuels blocages ou malaises, encore faut-il savoir rester à l'écoute et ne pas se cacher ses problèmes quand il y en a... mais nous en avons tous ! La remise en question permanente de l'éducateur par lui-même s'avérera forcément payante en terme de confiance en soi, d'écoute de l'autre, bref, de progression personnelle.

 

Des imprévus fâcheux

Autre aspect à gérer dans l'action : les imprévus. Ils peuvent être de nombreuses natures : raisons de sécurité (terrain glissant, orage, crue...), accident ou problème de santé, météo défavorable, personne-ressource absente, thème de l'animation inapproprié (Exemple : sortie apprentissage de la détermination des arbres, mais les feuilles ne sont pas encore sorties)... L'éducateur doit assumer seul et vite. Plusieurs types de réactions possibles :

réadapter son programme aux nouvelles conditions (changer de séquence, raccourcir, changer de lieu, carrément changer de thème...)
ne pas insister et arrêter l'animation, parfois c'est le mieux !
ou au contraire faire comme si de rien n'était (éventuellement après avoir demandé l'accord du public) et continuer, ce qui peut permettre au groupe de positiver ! Tout est en finesse de jugement !

Le choix entre ces diverses stratégies est à faire en fonction de l'éducateur, de la manière dont il maîtrise la situation, mais aussi du groupe, de son enthousiasme, de sa motivation, de sa fatigue...

Des qualités humaines bienvenues

Pour récapituler, disons que le bon déroulement d'une animation dépend autant des qualités humaines de l'éducateur que du sérieux de la préparation. On pourrait citer par exemple quelques qualités plutôt bienvenues :

 

L'adaptabilité : le fait de concevoir une animation dans son détail (par exemple en suivant la méthode présentée ci-dessus) apporte un support durant l'action, mais ne doit pas entraîner la rigidité. Il faudra savoir l'adapter sur le vif, favoriser les initiatives du groupe, remplacer au pied levé une séquence par une autre en réponse à un besoin ou un désir exprimé... Certaines séquences pourront même être sciemment consacrées à... la liberté, l'expression spontanée (promenade informelle, sieste dans un lieu enchanteur, discussions et observations tous azimuts au gré des envies...). Cf. "Pistes" en bibliographie.

L'enthousiasme et le dynamisme. Ils sont presque toujours communicatifs et peuvent relancer l'intérêt, remobiliser les énergies du public pour continuer d'avancer. Peut-être est-il parfois même nécessaire de se forcer un peu au début !

La qualité d'écoute durant l'animation. La communication doit se faire dans tous les sens, entre chaque personne participant à l'animation. Chaque participant peut amener sa pierre à l'édifice. Une bonne écoute permettra un meilleur partage des savoirs et savoir-faire, mais aussi la valorisation de chacun. La qualité d'écoute ne se limite d'ailleurs pas à entendre ce que disent les participants, c'est aussi sentir les désirs, percevoir les motivations : le groupe peut par exemple avoir envie d'aller dans un endroit précis, une personne peut, en se contentant d'observer quelque chose, la mettre en évidence aux yeux des autres... autant d'indices que l'éducateur devra savoir déceler...

Et puis, tout simplement, aimer partager ouvre beaucoup de portes. L'éducation à l'environnement est nécessairement empreinte de PLAISIR...

 

Bibliographie "Passer à l'action"

Terre patrie.- MORIN Edgar.- On y trouvera des réflexions importantes sur notre relation à la Terre, la notion de plaisir... Editions du Seuil

Et une fois de plus, des références déjà abondamment citées ailleurs mais utiles aussi dans ce cadre : Vivre la nature avec les enfants (CORNELL), A l'école des éléments. Ecoformation et classes de mer.- COTTEREAU Dominique


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