Guide pratique pour monter son projet d'éducation à l'environnementDes rêveries maritimes pour une pédagogie de l'environnement
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Des rêveries maritimes pour une pédagogie de l'environnementJe suis d'un pays de landes et de granite que la mer vient inonder de ses embruns, de son air iodé, de ses soleils reflétés. Je suis d'un pays mouvant, vivant au rythme des flots et des jusants, rempli des clapotis de l'eau, des cliquetis de bateaux, des gouailleries d'oiseaux. Je suis d'une terre salée, burinée d'océan, ridée de soleils couchants. Et quand la tempête ,prend au coeur d'un hiver..., quand la vague dépose ses enfants au printemps..., quand le sable réchauffe les corps de l'été... quand l'automne s'alanguit de la douceur retrouvée... Je suis d'une contrée, en bordure du monde, dont les ambiances quotidiennes, vous l'aurez compris, ont marqué ma sensibilité, mon histoire et mon engagement. "Connaître la nature pour l'aimer et la respecter", entend-on souvent. Pour moi le processus fût inverse, comme pour bien d'autres sûrement : j'ai d'abord aimé avant que de chercher à connaître. de mes rêveries au bord de l'eau j'en ai fait un métier et un engagement, j'en ai acquis un sens de la responsabilité. Profession ? ... animatrice de classe de mer. Intention ? ... éduquer à l'environnement. Et sous la préposition "à", il faut entendre aussi bien le "par" que le "pour", le "avec" que le "dans". L'environnement est lié à l'être éducable tout autant que l'être éducable est lié à l'environnement. Il y a réciprocité permanente qui nous empêche d'attribuer la priorité exclusive à l'un ou à l'autre. Notre environnement est aujourd'hui humain et l'homme ne mange pas, ne boit pas, ne respire pas... ne vit pas sans son environnement. C'est pourquoi, à mon sens, éduquer à l'environnement c'est travailler dans trois directions :
Pour autoriser la rencontre subjective il est besoin de peu : lui laisser le temps de se réaliser en des moments de liberté. La récréation devient alors plus que recréation, elle est création. Sur la plage, tous les "outils pédagogiques" sont déjà là : du sable mouillé, du sable sec, des rochers et des cailloux, des algues et des flaques... chacun fera ce qu'il voudra, selon ses désirs, selon le moment. Quel temps plein que celui de chercher la plus belle pierre de la plage, celle dans laquelle "il y a sûrement quelque chose qui brille tout le temps", me commentera Pierre, les yeux étincelants d'avoir trouvé le joyau du monde ! Quel temps plein que d'élaborer un mur de sable (qui ne l'a fait ?) pendant que la mer remonte, soucieux de lutter contre le mouvement et dont pourtant la jouissance suprême vient au moment où le mur s'écroule, quand la vague arrose les assiégés, et qu'enfin le dialogue devient un vrai corps à corps, corps dans corps ! Quel temps plein encore que de modeler, sculpter le sable, élever des tours, creuser des bassins, des canaux, lisser les bordures... reconstruction du monde dont l'enfant bâtisseur aime à répéter sans fin les gestes. "La main a aussi ses rêves, elle a ses hypothèses. Elle aide à connaître la matière dans son intimité", disait Bachelard. Lancer le caillou dans l'eau et l'accompagner d'une rêverie de l'inversion; sauter de rocher en rocher et connaître les aspérités du monde; creuser le sable profondément et rêver du centre mystérieux de la Terre; chercher le crabe dans la faille ou la fissure de rocher et tenter de déceler l'intimité de la matière; nager dans l'eau claire et laisser le corps s'envoler... Tant de rêveries avec lesquelles la conscience n'est pas nécessairement simultanée et qui pourtant participent à la connaissance du monde, une connaissance intime qui ne se décrit pas, qu'on ne lit pas dans les livres scientifiques, qui ne répond pas à la question d'examen, mais qui pourtant construit des liens, symboliques certes, mais indélébiles, avec l'environnement. Et parce qu'on n'en a jamais assez de rêver et que le temps libre n'est pas forcément ressenti par les enfants comme un temps éducatif auquel l'adulte accorde une importance, ce qui fait qu'il ne se sent pas nécessairement autorisé à rêver l'environnement, j'ajoute à cette pédagogie de l'imaginaire quelques séquences de poésie, de peinture, d'expression corporelle, de chant... dans et à partir des paysages. La technique : il en faut une petite goutte, juste ce qu'il est nécessaire pour exprimer des impressions et impressionner des expressions. Mais ce qui importe, c'est l'entre-deux, c'est ce qui se passe entre l'extérieur et l'intérieur de l'enfant. "Ecoutez la mer qui vous raconte ses histoires, elle vous regarde et vous reflète comme un miroir, et quand on arrive à y croire on voit sa mémoire au fonds des océans noirs et lointains..." écrira Charlotte (12 ans) de cet entre-deux. Sans doute, rêver la Terre, rêver le Monde, ne suffit-il pas à une pédagogie environnementaliste, et le versant rationnel est aussi indispensable, car il va aider à la prise de conscience de l'état actuel de l'environnement. Mais si j'ai insisté, dans ce témoignage, sur le rapport symbolique à développer dans l'environnement, c'est parce qu'il est trop souvent évacué. On le pense inopérant, il est à la base de notre comportement. François Terrasson a porté sur celui-ci un regard psychanalytique fort intéressant. L'enfant est un rêveur de monde, cela se passe souvent à son insu, mais si on lui ouvre la porte sur la conscience de son imaginaire, alors ce monde deviendra l'autre partie de lui-même, sans laquelle il ne saurait vivre... devenant ainsi un homme averti !
Dominique Cottereau |
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